Alors que la Région Hauts-de-France prépare son Grand Sommet et Festival « IA avec nous » du 12 au 19 juin 2026, une mobilisation parallèle prend forme à Lille. Le collectif En Chair et en Os organise le samedi 13 juin un « anti-sommet de l’IA », pensé comme un espace de réflexion critique face à l’essor rapide des intelligences artificielles génératives.
Réunissant traducteurs, militants, chercheurs, artistes et associations, cet événement entend interroger les conséquences sociales, environnementales et culturelles de l’intelligence artificielle, dans un contexte où l’IA s’impose progressivement dans de nombreux secteurs professionnels.
Un contre-événement face au Grand Sommet « IA avec nous »
Le Grand Sommet « IA avec nous », porté par la Région Hauts-de-France, ambitionne de faire de Lille et de la région un territoire stratégique de l’intelligence artificielle en Europe. Présenté comme un rendez-vous majeur autour de l’innovation numérique, le festival doit rassembler entreprises, chercheurs et acteurs technologiques autour des usages de l’IA.
Mais pour le collectif En Chair et en Os, cette vision de l’intelligence artificielle pose problème. Les organisateurs de l’anti-sommet dénoncent une technologie présentée comme « inévitable » et déployée sans véritable débat démocratique.
Le collectif estime notamment que les systèmes d’IA générative reposent sur une extraction massive de ressources, une forte consommation énergétique et des logiques économiques qui fragilisent de nombreux métiers créatifs et intellectuels.
Les métiers de la traduction particulièrement touchés par l’IA
À l’origine de cette mobilisation se trouvent des traductrices et traducteurs opposés à la généralisation des outils d’intelligence artificielle dans leur profession. Créé en 2023, le collectif En Chair et en Os rassemble des professionnels de l’édition et de l’audiovisuel préoccupés par la montée de la « post-édition », pratique consistant à corriger des traductions produites automatiquement par des IA.
Selon eux, cette évolution entraîne une dégradation des conditions de travail, une standardisation des textes et une perte progressive de qualité dans les productions culturelles.
Depuis plusieurs mois, le collectif recueille également des témoignages de professionnels confrontés aux effets de l’IA générative dans leur activité quotidienne.
Une journée entière de débats autour de l’intelligence artificielle
L’anti-sommet organisé à Lille proposera plusieurs tables rondes consacrées aux impacts de l’intelligence artificielle sur la société contemporaine.
Parmi les thèmes abordés :
- l’IA et la création artistique ;
- les conséquences écologiques des infrastructures numériques ;
- la militarisation de l’intelligence artificielle ;
- l’impact de l’IA sur le travail et l’emploi ;
- les enjeux éducatifs et culturels liés aux technologies génératives.
Des ateliers technocritiques pour enfants, un village associatif ainsi qu’un spectacle de drag show intitulé Intelligence naturæl sont également prévus durant la journée.
Les organisateurs souhaitent par ailleurs recueillir les « doléances » du public concernant l’intelligence artificielle afin de donner la parole aux inquiétudes citoyennes souvent absentes des grands événements institutionnels.
Les Hauts-de-France et Lille veulent devenir un territoire majeur de l’IA
Cette mobilisation intervient dans une région particulièrement engagée dans le développement des infrastructures numériques et des data centers.
Les Hauts-de-France ambitionnent en effet de devenir une véritable « vallée européenne de l’intelligence artificielle », avec plusieurs projets de centres de données à grande échelle. Parmi eux figure notamment le projet porté par le groupe canadien Brookfield via Data4 à Cambrai, qui pourrait nécessiter à terme une puissance électrique gigantesque.
Ces projets suscitent de nombreuses interrogations environnementales, notamment autour de la consommation énergétique des infrastructures liées à l’IA.
Un débat de société qui dépasse la seule question technologique
Au-delà des seuls métiers de la traduction, l’anti-sommet de Lille illustre un débat de plus en plus large autour de l’intelligence artificielle.
Travail, culture, santé mentale, surveillance, éducation ou environnement : les critiques adressées aux IA génératives concernent désormais de nombreux aspects de la société contemporaine.
Pour les organisateurs, la question n’est plus simplement de savoir comment encadrer l’intelligence artificielle, mais aussi de réfléchir collectivement à son utilité réelle, à ses coûts humains et écologiques, ainsi qu’au modèle de société qu’elle contribue à construire.
À Lille, cet anti-sommet entend ainsi rappeler qu’un autre regard sur l’IA reste possible, loin des discours exclusivement centrés sur l’innovation et la performance technologique.