La sélection se resserre pour le Prix des Deux Magots 2026. Après une première liste composée de dix ouvrages, le jury n’en a conservé que quatre pour la dernière étape de cette 93e édition. Quatre romans aux univers très différents, qui se retrouveront face au jury le 5 octobre 2026 pour tenter de succéder à Joseph Incardona.
Réuni le 21 septembre au célèbre Café des Deux Magots, à Saint-Germain-des-Prés, le jury présidé par Étienne de Montety a dévoilé les quatre titres encore en compétition.
Les quatre finalistes du Prix des Deux Magots 2026
La sélection finale réunit :
- Choses que je croyais perdues de Clémentine Mélois, publié chez L’Arbalète/Gallimard ;
- La Rédemption de Jean-Noël Orengo, chez Grasset ;
- Vivre sans bonheur et n’en point dépérir de Véronique Ovaldé, chez Flammarion ;
- Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? de Lucie Rico, chez P.O.L.
Derrière ces quatre titres se dessine une sélection particulièrement éclectique. Mémoire intime, histoire familiale, passé historique ou encore enquête autour des souvenirs : les finalistes empruntent des chemins très différents pour interroger ce que l’on garde, ce que l’on oublie et ce que l’on reconstruit.
Clémentine Mélois, ou la mémoire cachée dans les objets
Avec Choses que je croyais perdues, Clémentine Mélois transforme un moment aussi banal qu’un déménagement en exploration intime.
Après une rupture, une femme se retrouve seule à emballer les objets de son appartement. À mesure que les cartons se remplissent, les choses les plus ordinaires réveillent des fragments de vie. Une assiette, un vêtement ou un simple verre deviennent les témoins silencieux de ce qui a été vécu.
Le roman s’intéresse ainsi à cette étrange capacité des objets à survivre aux périodes de notre existence auxquelles ils sont associés. Ce qui devait être rangé ou abandonné finit par raconter une histoire.
Jean-Noël Orengo face aux contradictions de l’Histoire
Dans La Rédemption, Jean-Noël Orengo choisit une matière radicalement différente et plonge dans les heures sombres du XXe siècle.
Le roman s’intéresse à la relation entre Colette Jéramec et Pierre Drieu la Rochelle, depuis leur rencontre avant la Première Guerre mondiale jusqu’à l’Occupation. Il revient notamment sur le rôle joué par Drieu la Rochelle dans le sauvetage de Colette et de ses enfants, internés à Drancy en 1943.
Une histoire d’autant plus complexe que l’écrivain demeure associé à la collaboration et à l’antisémitisme. Entre fiction, enquête et reconstitution historique, Jean-Noël Orengo explore ainsi les contradictions d’un homme et d’une époque sans chercher à les simplifier.
Véronique Ovaldé transforme l’histoire familiale en fiction
Avec Vivre sans bonheur et n’en point dépérir, Véronique Ovaldé puise cette fois dans une matière beaucoup plus personnelle.
La romancière s’inspire de la vie de sa mère et d’une question vertigineuse : que serait devenue une existence si certains choix avaient été différents ?
À travers la fiction, elle imagine les chemins qui auraient pu être empruntés, les bifurcations possibles et les vies parallèles d’une femme longtemps définie par ses rôles d’épouse et de mère.
Le roman se situe ainsi quelque part entre portrait familial et exploration des possibles. Il interroge les renoncements, mais aussi cette capacité à préserver une forme de joie malgré le sentiment d’être passé à côté d’une autre vie.
Lucie Rico mène l’enquête dans les méandres de la mémoire
Le titre le plus intrigant de cette sélection est probablement celui de Lucie Rico : Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ?
Tout commence avec un incident presque insignifiant. Une touche de clavier défectueuse empêche Jennifer d’achever une phrase. Ce petit accident fait pourtant remonter un souvenir d’enfance incomplet.
Une ville, Perpignan. Un grand-père. Une scène du film Autant en emporte le vent. Et surtout cette mystérieuse tache de sang sur un pull jaune.
À partir de ces éléments épars, Jennifer tente de reconstituer ce qui s’est réellement passé. Le roman prend alors des allures d’enquête, mais une enquête menée à l’intérieur même de la mémoire, là où les souvenirs peuvent être aussi précieux que trompeurs.
Une sélection 2026 placée sous le signe de l’inventivité
Si les quatre romans racontent des histoires très différentes, ils partagent un goût évident pour l’expérimentation narrative.
Étienne de Montety, président du jury, a d’ailleurs présenté cette dernière sélection comme le résultat de véritables coups de cœur. Le jury met notamment en avant des écritures inventives, joueuses ou décalées et quatre manières distinctes de construire un roman.
Cette diversité devrait rendre la dernière délibération particulièrement ouverte : difficile, à la seule lecture des sujets abordés, de rapprocher un récit consacré aux objets du quotidien d’un roman historique, d’une exploration familiale ou d’une enquête sur un souvenir d’enfance.
C’est précisément cette variété qui donne son identité à la sélection 2026.
Verdict du Prix des Deux Magots le 5 octobre 2026
Il ne reste désormais que quelques jours avant de connaître le nom du lauréat du Prix des Deux Magots 2026.
La délibération finale se tiendra le lundi 5 octobre, avant l’annonce du résultat à 12 h 30 au Café des Deux Magots, à Paris.
Le roman choisi succédera à Le monde est fatigué de Joseph Incardona, lauréat du prix en 2025.
Créé en 1933, le Prix des Deux Magots occupe une place particulière dans le paysage des récompenses littéraires françaises. Né en réaction à un prix Goncourt considéré à l’époque comme trop académique, il avait cour




