À Nancy, les vacataires de la médiathèque dénoncent leur précarité… et travaillent à la lampe frontale

À la médiathèque Manufacture de Nancy, le malaise ne se limite plus à une question de contrat de travail. Samedi 19 septembre, 16 agents vacataires ont cessé le travail pendant deux heures pour réclamer une évolution de leur statut. Mais leur mobilisation a également mis en lumière des conditions de travail pour le moins inhabituelles : dans certaines réserves plongées dans la pénombre, les agents doivent désormais utiliser des lampes frontales pour retrouver les livres.

Derrière cette situation presque insolite se cache un conflit beaucoup plus sérieux autour de la précarité, de l’entretien du bâtiment et des moyens accordés au fonctionnement quotidien de la médiathèque.

Une grève des vacataires à la médiathèque Manufacture de Nancy

Samedi 19 septembre, entre 10 heures et midi, les vacataires ont quitté leur poste pour se rassembler devant la médiathèque. Des agents titulaires et des représentants syndicaux sont venus soutenir le mouvement.

Ils sont 16 vacataires à intervenir principalement pour assurer l’accueil du public pendant les week-ends. Une activité qui n’a plus vraiment, selon eux, le caractère occasionnel que laisse entendre leur statut.

Certains travaillent en effet au sein de l’établissement depuis plusieurs années, jusqu’à quatre ans pour les plus anciens.

Leur principale revendication est donc claire : obtenir des contrats à durée déterminée (CDD) plutôt que de continuer à travailler sous le régime de la vacation.

Les agents considèrent que leurs missions correspondent désormais à un besoin régulier du service public et demandent une meilleure reconnaissance de cette réalité.

Pourquoi les vacataires réclament-ils un CDD ?

Le statut de vacataire est généralement associé à l’accomplissement d’une tâche ponctuelle. Or, c’est justement ce caractère ponctuel que contestent les agents mobilisés à Nancy.

Leur présence régulière dans l’établissement, notamment le week-end, nourrit leur demande d’un cadre contractuel différent et offrant davantage de garanties.

Avant la grève, six vacataires accompagnés de deux représentants syndicaux avaient rencontré l’administration municipale.

La Ville de Nancy a indiqué entendre leur demande de « déprécarisation », mais souligne qu’une éventuelle évolution nécessite d’étudier individuellement les situations ainsi que l’organisation globale du service.

Selon les chiffres communiqués par la municipalité, les vacataires seraient sollicités environ deux fois par mois et effectueraient en moyenne 22 heures mensuelles, soit approximativement 13 % d’un temps plein.

Pour le moment, aucun calendrier concernant une éventuelle transformation de leur statut n’a été communiqué.

Des lampes frontales pour aller chercher les livres

La question contractuelle n’est pourtant qu’une partie du problème.

Les agents de la médiathèque Manufacture dénoncent également plusieurs dysfonctionnements matériels dans le bâtiment.

Le plus étonnant concerne l’éclairage de certains magasins dans lesquels sont conservés les documents. Celui-ci étant défaillant depuis plusieurs mois, les agents rencontrent des difficultés lorsqu’ils doivent récupérer un ouvrage dans les réserves.

Une solution temporaire leur a donc été proposée : des lampes frontales.

Celles-ci permettent de continuer à travailler en attendant la réparation de l’éclairage, mais l’image est forcément saisissante pour une médiathèque municipale récemment rénovée.

La situation est d’autant plus remarquée qu’elle ne constitue pas le seul problème signalé dans l’établissement.

Monte-charge, climatisation, toilettes : plusieurs dysfonctionnements signalés

Les agents font également état d’un monte-charge hors service depuis février. Un équipement particulièrement important dans une médiathèque puisqu’il facilite le déplacement des livres et autres charges entre les différents étages.

Son remplacement est annoncé pour le mois de novembre.

La climatisation a également posé problème pendant les fortes chaleurs estivales. Certaines interventions supplémentaires pourraient nécessiter un nouveau financement.

Enfin, les toilettes publiques situées au troisième étage ont été signalées comme indisponibles. Une intervention doit être réalisée à la fin du mois de septembre.

Pris séparément, chacun de ces problèmes pourrait apparaître comme un simple incident technique. Leur accumulation nourrit toutefois le mécontentement des agents, qui mettent en parallèle les difficultés matérielles et la précarité de certains emplois.

Une médiathèque pourtant rénovée pour près de 4 millions d’euros

La situation surprend d’autant plus que la médiathèque Manufacture de Nancy a rouvert au printemps 2024, après environ deux années de travaux.

Près de 4 millions d’euros avaient été engagés dans ce chantier de modernisation, dont 2,4 millions d’euros apportés par l’État.

L’objectif était notamment d’adapter le bâtiment aux nouveaux usages des bibliothèques et médiathèques, mais également aux enjeux environnementaux.

Deux ans après sa réouverture, les problèmes d’éclairage, de climatisation ou encore de monte-charge viennent donc perturber le fonctionnement quotidien de l’établissement.

Au-delà de la médiathèque, la question de l’emploi précaire

Pour le syndicat SUD, le mouvement dépasse désormais le seul cas des 16 vacataires de la médiathèque.

Ses représentants dénoncent plus largement le recours aux emplois précaires dans les services municipaux et s’interrogent sur la place prise par les différents contrats non titulaires.

Les données municipales disponibles pour 2024 faisaient état de 1 923 agents travaillant pour la Ville de Nancy : 1 330 fonctionnaires, 125 contractuels occupant des emplois permanents et 468 contractuels employés sur des postes non permanents.

Les représentants du personnel estiment que la situation a depuis continué à évoluer et souhaitent replacer la mobilisation de la médiathèque dans ce débat plus général.

Une grève volontairement limitée à deux heures

La durée relativement courte du mouvement du 19 septembre n’est pas anodine.

Les vacataires ont cessé le travail pendant seulement deux heures. Selon les représentants du personnel, une mobilisation plus longue aurait entraîné une perte financière trop importante pour certains agents.

Un paradoxe qui résume une partie du conflit : les salariés qui souhaitent dénoncer la précarité de leur situation disposent eux-mêmes d’une marge de manœuvre financière limitée pour faire grève.

Et le mouvement pourrait ne pas s’arrêter là.

Le préavis déposé couvre également le dimanche 27 septembre 2026. Sans avancée concernant leur statut ou leurs conditions de travail, les vacataires pourraient donc poursuivre leur mobilisation.

À Nancy, les lampes frontales auront au moins eu un effet inattendu : mettre en lumière un conflit social qui dépasse largement un simple problème d’éclairage.

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