Suite à la parution récente de Célébrades, Bernard Anton s’est confié à notre rédaction.
1— Présentez-nous votre dernier livre Célébrades paru aux éditions Les Impliqués.
B.A. Ce livre est une 2e édition enrichie. Il regroupe l’ensemble des poèmes que j’ai écrits sur Brigitte Bardot depuis plus d’une dizaine d’années. Cette riche compilation contient des textes composés du vivant de l’icône et d’autres, après sa disparition. Ce recueil, qui lui est entièrement dédié, constitue un livre-souvenir complet. C’est un témoignage précieux sur sa vie et sur son œuvre. Je suis fier du titre que j’ai forgé. Il inclut la racine célébrer et le suffixe -ade qui signifie action. Ce mot symbolise l’acte de célébrer l’héritage de BB. Célébrer la vie et la compassion envers les animaux.
2— Combien de parties il y a dans ce recueil ?
B.A. Il y en a huit. Trois qui sont une reprise : Célébrades, Couronne à l’unique et Jeux de grâce (lus et bien appréciés par BB), puis cinq qui sont récentes. Bienheureuse à jamais, Gratitude du vivant, Surnoms de jade, Oraison des amis à l’Amie et Lettre à la gardienne qui ouvre la porte. C’est précédé d’une préface de Béatrice Favereau et d’un avant-propos, suivi d’une réflexion analytique intitulée Les coulisses de l’œuvre.
3— Racontez-nous les circonstances qui entourent l’écriture de chacune de ces parties.
B.A. Célébrades est une série de haïkus qui chantent la beauté et le génie de BB. Ils ont été rédigés il y a plus de 10 ans et publiés en 2021. Couronne à l’unique est en fait mon tout premier poème sur BB, paru en 2018, pour fêter son 84e anniversaire. Jeux de grâce est une suite de haïkus inspirés du film Les pétroleuses, une comédie qui m’a enchanté. BB y engage un succulent duel à bras-le-corps avec Claudia Cardinale. Ces deux dernières séquences poétiques sont parues dans des recueils différents.
Arrive le décès de BB. J’ai rédigé alors les cinq séquences suivantes : Bienheureuse à jamais, une suite inspirée directement de ses funérailles. J’y ai consigné ce que je ressentais durant la cérémonie, bien ému devant son cercueil en osier. Les haïkus coulaient, les images fusaient. J’étais uni à elle d’une façon incroyable. C’étaient des moments pathétiques, poignants.
Gratitude du vivant donne la parole aux animaux de BB. Ils remercient leur tutélaire pour les multiples attentions et secours prodigués. En voici des extraits : « mains pétries d’amour/tu portes notre fardeau/o dame-soleil », « tu es notre reine/sans diadème ni palais/l’amour te couronne », « l’atome nous lie/poussière d’étoiles commune/fraternité vraie », « par ton doux regard/la détresse est effacée/le bonheur fleurit ».
Surnoms de jade est un florilège d’attributs, une galerie aux accents parfois surréalistes qui magnifient l’aura de BB : « panthère inlassable/ruine pour les conventions/dompteuse des ogres », « âme aux mains ouvertes/luminescente tendresse/clémence et fougue ensemble », « mère des blessés/pilier de solidarité/tornade cosmique ».
Oraison des ami(e)s à l’Amie est un long témoignage où les animaux expriment leur deuil en accompagnant leur Mère jusqu’à sa dernière demeure. C’est une sorte de marche funèbre percutante, une cérémonie « parallèle » (la leur), avec leur langage et leur ressenti. Je leur donne totalement la parole : « Gardiens d’une vérité absolue, nous affirmons:/l’être qui accueille le prochain sans le dominer/mérite amour et honneurs/prestigieux rayonnement de l’opulence/Le cœur qui aime comme une colombe/ne peut rejoindre l’infini sans le convoi/clinquant de ses amis ».
Enfin, Lettre à la gardienne qui ouvre la porte est une missive ouverte en prose que j’adresse à BB. Je souligne sa générosité et sa bienveillance qui hébergent des milliers d’animaux dans plusieurs refuges, depuis plus de quatre décennies. Quelques lignes : « Ta beauté n’était que prélude à la compassion… Tu nous as jeté une vérité crue en pleine face : nous ne pouvons nous prétendre humains si nous piétinons la nature. L’animal n’est plus un objet décoratif, il est notre frère, notre miroir, l’observateur d’une sagesse que nous avons oubliée. »
Après avoir achevé le recueil, j’ai essayé de l’analyser. J’aime beaucoup cogiter sur mon œuvre ! Avec le recul, l’autocritique se révèle un puissant levier de progression. Cette démarche me paraît particulièrement féconde. C’est ainsi que j’en ai dégagé quatre thématiques principales, développées à mon insu : la beauté, l’amour, la liberté, le respect de la vie animale et de la nature.
4— Pourquoi vous admirez tellement Brigitte Bardot ?
B.A. Je l’admire, car je me retrouve en elle comme en un miroir. Nous partageons les mêmes valeurs, les mêmes sentiments, le même amour de la liberté, de la joie de vivre, de la musique et de la nature sauvage. Nous avons les mêmes soucis : la défense des animaux, la justice sociale. Nous osons aller, tous les deux, jusqu’à la contestation et la rébellion.
La simplicité de BB m’inspire. Son authenticité, sa bonté et sa franchise me bouleversent. Dotée d’une vaillance admirable, elle s’est battue seule contre un système sourd aux droits et à la dignité des animaux. Son combat a triomphé. Sa Fondation poursuit aujourd’hui son œuvre. Son message rayonne plus que jamais. Par mes écrits, je m’efforce modestement de porter son flambeau. Son audace et sa détermination sont infiniment louables, sans bornes.
5— Quand avez-vous produit vos deux magnifiques chansons sur Brigitte Bardot, Couronne à l’unique et Célébrades ?
B.A. Elles ont été mises en musique et interprétées quelques jours après le décès de Brigitte Bardot (les vidéoclips sont disponibles sur YouTube). J’aurais dû les produire l’automne dernier, de son vivant. Elle aurait été heureuse de les écouter.
Sa disparition m’a profondément bouleversé. Je tenais alors à accomplir un geste exceptionnel, grandiose, pour elle. Au lieu de lui offrir un grand bouquet de fleurs éphémères, j’ai mis en musique Couronne à l’unique. Quelques jours plus tard, j’ai renouvelé cet hommage avec des extraits de Célébrades. Ces deux titres ont été chantés pour honorer sa mémoire. J’ajoute ainsi l’éloge à l’éloge.
6— Quel est le message principal de Célébrades ?
B.A. Ce recueil explore la figure de Brigitte Bardot comme refuge, guide et bergère. Je ne célèbre pas seulement sa gloire individuelle, mais surtout sa relation salvatrice au règne animal. Je la peins comme une « réparatrice » des blessures de l’univers. Soigner l’animal s’apparente, pour moi, à l’action de recoudre un tissu déchiré. Cela réconcilie le monde.
Son « fil de lumière » qui « recoud le ciel » incarne un geste cosmique, amplement méritoire, de réparation. Soigner le chétif et le petit revient à raccommoder l’univers émietté par nos méchancetés.
Je revendique dans ce livre une fraternité avec le vivant, fondée sur notre commune substance atomique. Nous venons tous de la même « poussière d’étoiles ». Cette métaphore cosmogonique synthétise la vision d’un globe souffrant, interrelié, restauré par le soin et la bonté.
Célébrades plonge le lecteur dans une méditation sur l’amour véridique et sur le souffle vital qui anime tout être, y compris les animaux. Ces textes sont une ode à la splendeur de l’existence, un hymne à la joyeuse convivialité où l’animal devient un frère de sang, un cousin.
7— Brigitte Bardot est plus qu’une muse pour vous.
B.A. En effet. Elle est une présence plurielle, tour à tour volcanique, céleste, farouche. J’explore ses multiples facettes à travers une série d’images puissantes. Je supprime les frontières entre nature et surnaturel, douceur et fureur, visible et invisible. Je déploie la figure d’une femme indomptable, visionnaire, qui incarne les tensions de l’existence humaine et nous aide à les dénouer.
Célébrades incite à contempler l’étonnante complexité de BB : douceur et fougue, lumière et ombre, chaos et harmonie. Dans cette constellation de poèmes qui se distingue par son audace imaginaire et sa vigueur évocatrice, BB devient un pont entre les mondes, une source d’éveil, un modèle de bienveillance et de solidarité, un idéal d’amour élevé.
8— Que symbolisent pour vous la personne et l’œuvre de Brigitte Bardot ?
B.A. BB est un symbole dynamique de courage qui s’érige, allégorie souveraine d’une sensibilité éveillée et d’un esprit insoumis. Elle échappe à toute définition univoque. Elle est l’emblème d’un passage possible du matériel à l’essentiel, de la réalité perceptible à l’invisible compatissant. Elle est une conscience qui hurle, un « cerisier en fleurs » qui refuse de faner, un « diamant » qui raye la vitre de nos certitudes et de notre médiocrité.
BB est une « épée de justice », « apaisement des sans-voix », « sentinelle agile », « dragonne et amie des griffes ». Elle ne se réduit pas à une simple beauté contemplative. Elle est l’instigatrice d’un ordre nouveau, d’une morale vivante qui défie les fausses normes et les limites. La dimension éthique définit son image.
9— Parlez-nous de votre écriture poétique si subtile. Célébrades est une œuvre tellement unique par son raffinement.
B.A. Ces poèmes n’ont pas été écrits d’une façon conventionnelle. Ils ont été extraits de l’ombre pour tisser une armure contre l’insensibilité de certains envers les animaux. Mon art, c’est la lame nue. J’ai choisi des mots simples, des mots de terre et de sang pour traduire le sentiment des animaux. Je me suis effacé derrière ma plume, car je ne voulais pas faire écran entre l’émotion et le lecteur. J’ai cherché la densité qui cogne et réveille l’imaginaire.
Le rythme du recueil crée une fluidité incantatoire, une acuité impressionniste. L’onde vibratoire de chaque vers ou métaphore dresse un portrait polyphonique de BB. Cette puissance évocatrice fusionne beauté sauvage et altruisme, invitant à une immersion sensorielle et méditative : « plus que mille cierges/que mille étoiles superbes/ta miséricorde ».
Mon écriture de feu et de lumière suggère une expérience existentielle, un questionnement sur la place de l’animal dans nos sociétés. Délaisserons-nous nos ornières et serons-nous plus cléments ?
En résumé, Célébrades propose, sous couvert d’une apologie poétique, une réflexion sur l’éthique de l’amour envers toutes les espèces. À la suite de la charitable Brigitte Bardot, nous sommes conviés à respecter la dignité intrinsèque et les droits légitimes des animaux, nos « frères sous le même ciel ».