Relay veut garantir la pluralité des livres dans ses boutiques avec une nouvelle charte

Quels critères déterminent la présence d’un livre dans les boutiques Relay ? Après plusieurs polémiques concernant le référencement et la mise en avant de certains ouvrages, Lagardère Travel Retail a adopté une charte de pluralité et de non-discrimination. L’enseigne promet désormais des critères commerciaux identiques pour tous les éditeurs, avec notamment un seuil de référence fixé à 10 000 exemplaires pour les essais et documents. Une initiative qui laisse toutefois plusieurs questions en suspens.

Présentes dans les gares et les aéroports, les boutiques Relay occupent une position particulière dans la vente de livres en France. Leur sélection éditoriale bénéficie d’une exposition considérable auprès de millions de voyageurs, mais les choix opérés dans leurs rayons font régulièrement l’objet de critiques.

Pour répondre aux interrogations entourant ses pratiques de référencement, Lagardère Travel Retail a adopté le 29 juillet 2026 une charte portant sur le référencement et la mise en avant des produits d’édition, ainsi que sur la pluralité et la non-discrimination dans la distribution de la presse et du livre.

Son principe affiché : établir des critères commerciaux objectifs et appliquer les mêmes règles aux différents éditeurs.

Pourquoi Relay met en place une charte de pluralité ?

Cette initiative intervient après plusieurs controverses concernant la présence — ou l’absence — de certains ouvrages dans les boutiques de l’enseigne.

En novembre 2025, la députée Clémentine Autain avait notamment interrogé la faible visibilité dans un Relay du livre de l’économiste Gabriel Zucman, Les milliardaires ne paient pas d’impôt sur le revenu et nous allons y mettre fin, alors que celui-ci figurait parmi les meilleures ventes du moment.

Une autre polémique est apparue en juin 2026 après l’annulation d’une commande de 400 exemplaires de Bernard Arnault, son univers impitoyable, publié par La Tribu.

Arnaud Nourry, ancien dirigeant de Hachette Livre, avait alors estimé que l’ouvrage faisait l’objet d’un « boycott » de la part de Relay en raison de son sujet. Il s’agissait d’une accusation formulée par l’éditeur, et non d’un fait établi.

Des interrogations sur la visibilité accordée à certains essais

Le référencement n’est pas la seule question soulevée. La manière dont certains ouvrages sont exposés dans les boutiques Relay a également alimenté le débat.

Une enquête de l’Observatoire des multinationales avait ainsi étudié la visibilité accordée à différents essais dans le réseau et relevé des écarts entre certaines mises en avant et les niveaux de ventes constatés.

L’enquête citait notamment Résister de Salomé Saqué, publié chez Payot, et 2050, du cardinal Robert Sarah et de Nicolas Diat chez Fayard. Malgré un écart important dans leurs ventes, les deux titres avaient bénéficié d’une exposition comparable dans les magasins observés.

Le média relevait toutefois également des contre-exemples, notamment la mise en avant de Nos nouveaux maîtres, enquête publiée chez Albin Michel et consacrée aux grandes figures de la technologie.

Ces observations ne suffisent donc pas, à elles seules, à établir l’existence d’une politique systématique de sélection idéologique.

Relay promet désormais des critères commerciaux identiques

C’est dans ce contexte que la nouvelle charte entend préciser les règles de référencement appliquées par l’enseigne.

La catégorie « Essais et Documents » fait l’objet d’une attention particulière.

Lagardère Travel Retail assure que les décisions doivent désormais reposer sur des « critères commerciaux objectifs », identiques pour les différents éditeurs et adaptés aux contraintes particulières d’un réseau installé principalement dans des lieux de transport.

Pour rendre cette règle mesurable, Relay a choisi un indicateur très concret : le tirage initial déclaré par l’éditeur.

Un seuil de 10 000 exemplaires pour les essais et documents

Le fonctionnement annoncé est relativement simple.

Lorsqu’un ouvrage de la catégorie concernée bénéficie d’un tirage initial d’au moins 10 000 exemplaires, Lagardère s’engage à effectuer une prise initiale correspondant au minimum à 3 % du tirage national.

Pour un livre imprimé à exactement 10 000 exemplaires, cela représente donc au moins 300 exemplaires commandés par Relay.

Ces titres doivent par ailleurs être proposés dans au moins 90 des principaux points de vente du réseau, lesquels représentent environ 80 % du chiffre d’affaires réalisé par Relay sur le livre.

Selon Lagardère Travel Retail, le recours au tirage initial doit permettre d’éviter une appréciation subjective des ouvrages et d’appliquer une règle identique quelle que soit l’identité de l’éditeur.

Et les petites maisons d’édition ?

C’est probablement l’une des principales limites du système.

Un tirage initial de 10 000 exemplaires reste considérable pour de nombreuses maisons d’édition indépendantes.

Les grands groupes peuvent prendre le risque économique d’imprimer plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires sur certains titres. Pour une petite structure, engager immédiatement une production de 10 000 livres représente une tout autre prise de risque financière.

Le critère est donc objectif sur le papier, mais les différents éditeurs ne disposent pas nécessairement des mêmes moyens pour l’atteindre.

Relay assure néanmoins que les livres bénéficiant de tirages inférieurs pourront eux aussi être référencés.

Les livres tirés à moins de 10 000 exemplaires ne sont pas automatiquement exclus

Pour ces ouvrages, Lagardère prévoit une possibilité de référencement lorsqu’il existe une adéquation jugée particulièrement forte entre l’auteur, le livre et la clientèle des voyageurs.

Dans cette situation, un dialogue peut être engagé avec l’éditeur.

La prise initiale pourrait alors atteindre jusqu’à 3 % du tirage, avant d’éventuels réassorts en fonction des ventes réalisées.

Reste une question : comment déterminer précisément cette adéquation avec les voyageurs ?

Les critères détaillés ne sont pas publiquement précisés, ce qui laisse nécessairement une marge d’appréciation plus importante que pour les titres dépassant le seuil des 10 000 exemplaires.

Une charte Relay qui reste confidentielle

Autre particularité : malgré les objectifs de transparence revendiqués, la charte elle-même n’est pas accessible au public.

Lagardère Travel Retail indique que le document est intégré à ses engagements contractuels avec ses concédants et qu’il n’a pas vocation à être diffusé.

D’autres paramètres seraient également pris en compte dans les décisions de référencement : disponibilité des ouvrages, délais logistiques, capacité de stockage ou encore contraintes d’implantation.

Selon l’entreprise, ces critères relèvent uniquement des réalités commerciales et opérationnelles propres aux boutiques situées dans les gares et les aéroports, caractérisées par des surfaces limitées et une rotation importante des produits.

Qui contrôle le respect de la charte ?

La question du contrôle constitue un autre point sensible.

Celui-ci restera interne à Lagardère.

Le référencement et les mises en avant sont gérés de manière centralisée par les directions commerciales et marketing concernées, tandis que le respect des consignes doit être assuré par les procédures internes et le management du réseau.

Pour un lecteur, vérifier l’application du système sera par ailleurs difficile.

Le tirage initial déclaré par une maison d’édition n’est généralement pas une donnée publique. Un voyageur constatant l’absence d’un ouvrage dans une boutique ne pourra donc pas nécessairement savoir si celui-ci remplissait les conditions permettant d’obtenir un référencement.

Lagardère reconnaît elle-même que les consommateurs ne disposent pas directement de cette information.

Relay face au défi de la pluralité dans les gares et les aéroports

Avec cette nouvelle charte de pluralité, Relay cherche donc à apporter une réponse concrète aux interrogations entourant sa sélection de livres.

Le recours au tirage initial offre l’avantage d’un critère mesurable : pour les essais et documents atteignant 10 000 exemplaires, la règle annoncée est claire, avec une prise minimale de 3 % et une présence dans au moins 90 magasins importants du réseau.

Mais plusieurs zones d’ombre demeurent.

L’accès des petits éditeurs au réseau dépendra davantage d’une appréciation au cas par cas. Le contenu complet de la charte reste confidentiel et son application sera contrôlée en interne.

La véritable portée du dispositif pourra donc surtout être évaluée dans la durée, en observant si les rayons des boutiques Relay reflètent effectivement la pluralité que l’enseigne affirme vouloir garantir.

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