Lecture chez les 10-22 ans en Ibéro-Amérique : chiffres clés, usages et défis à l’ère numérique

La lecture chez les jeunes de 10 à 22 ans ne disparaît pas : elle se transforme. Une vaste enquête menée en Ibéro-Amérique met en lumière des pratiques hybrides, entre livre papier et smartphone, sociabilité et réseaux sociaux. Loin d’être marginale, la lecture demeure un marqueur d’identité et un enjeu culturel majeur à l’heure des écrans omniprésents.

57,93 % des jeunes se déclarent lecteurs

Selon une étude de l’Organisation des États ibéro-américains (OEI), 57,93 % des 10-22 ans se décrivent comme lecteurs, tandis que 8,54 % se déclarent non-lecteurs.

Deux profils dominent :

En revanche, 33,54 % se classent comme peu lecteurs.

Une progression nette avec l’âge

L’étude met en évidence une évolution significative selon les tranches d’âge. Chez les 10-12 ans, plus de la moitié se situent dans les catégories non-lecteur ou peu lecteur. Entre 14 et 16 ans, un basculement s’opère : près de six jeunes sur dix se reconnaissent alors comme lecteurs habituels.

À partir de 17 ans, la situation se stabilise, sans répondants se déclarant non-lecteurs. La lecture semble donc gagner en maturité et en affirmation avec l’âge.

Lecture quotidienne : entre sociabilité et réseaux sociaux

Pour près d’un jeune sur deux, la lecture fait partie de la vie quotidienne et du temps libre. Elle s’inscrit souvent dans une dynamique collective :

Cependant, plus de la moitié ne l’intègrent pas à leurs loisirs, privilégiant le sport (53,9 %) ou les jeux vidéo (40,8 %).

Des disparités géographiques apparaissent également. Les lecteurs habituels sont plus nombreux en Argentine, au Chili, en Uruguay, en Espagne et au Portugal. À l’inverse, dans certains pays comme la Bolivie, la Colombie, le Venezuela ou le Brésil, la lecture reste davantage associée au cadre scolaire.

Papier préféré, smartphone dominant

Malgré la généralisation du numérique, le livre imprimé conserve une forte préférence : 80,97 % des jeunes le citent comme support privilégié.

Parallèlement, 90,2 % déclarent lire aussi en format numérique, principalement via le smartphone (62,91 %).

La bibliothèque municipale, en revanche, reste minoritaire, avec un peu plus de 30 % d’usagers déclarés.

Pourquoi certains jeunes décrochent-ils ?

Les freins à la lecture sont multiples et récurrents :

Le coût des livres (12,08 %) et l’absence d’ouvrages disponibles (8,98 %) sont également mentionnés.

Autre donnée marquante : 44 % citent l’usage intensif d’internet et des réseaux sociaux comme frein à la lecture prolongée.

Plus préoccupant encore, 63,55 % des jeunes déclarent accéder à des téléchargements illégaux de livres, un signal fort pour l’écosystème éditorial et les politiques publiques de promotion de la lecture.

Lecture et numérique : un équilibre à repenser

Les données décrivent un paysage nuancé : un attachement affirmé au papier, un écran omniprésent et une identité de lecteur qui se construit entre école, loisirs et flux numériques.

La lecture chez les 10-22 ans en Ibéro-Amérique ne s’éteint pas. Elle change de forme, se déplace vers le smartphone, s’inscrit dans les réseaux sociaux, mais conserve une place significative dans la vie quotidienne.

L’enjeu pour les acteurs du livre — éditeurs, bibliothèques et institutions éducatives — consiste désormais à accompagner ces mutations sans renoncer à la profondeur, à la concentration et à la diversité des lectures.