Festival d’Angoulême : liquidation de 9e Art+

Le monde de la bande dessinée française traverse une nouvelle zone de turbulences. La société 9e Art+, organisatrice historique du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême pendant près de vingt ans, a été placée en liquidation judiciaire le 7 mai 2026 par le tribunal de commerce d’Angoulême. Une décision qui intervient dans un contexte déjà particulièrement tendu autour de l’avenir du célèbre rendez-vous culturel charentais.

Révélée par Charente Libre puis confirmée par plusieurs médias, cette liquidation marque un tournant majeur pour le festival de bande dessinée le plus emblématique d’Europe. Selon les informations communiquées par Franck Bondoux, ancien dirigeant de 9e Art+, la société laisserait derrière elle près de 1,6 million d’euros de créances, touchant aussi bien des partenaires locaux que des acteurs économiques de la région Nouvelle-Aquitaine.

Une crise amorcée après l’annulation du FIBD 2026

Les difficultés de 9e Art+ se sont accélérées après la conférence de presse du 20 novembre 2025, durant laquelle les pouvoirs publics avaient annoncé que les conditions n’étaient pas réunies pour maintenir l’édition 2026 du festival. Cette annulation a entraîné un effet domino : retrait de sponsors, perte des contributions des exposants et arrêt progressif de l’activité.

Déjà placée sous la protection du tribunal de commerce en février dernier, la société espérait encore trouver une issue grâce à une procédure de conciliation. Mais sans nouveaux financements ni garanties institutionnelles, la poursuite de l’exploitation est devenue impossible.

La liquidation judiciaire entraîne également une vague de suppressions de postes. Une dizaine de salariés seraient actuellement concernés par des licenciements, tandis qu’une trentaine de collaborateurs réguliers et experts travaillant autour du festival pourraient être impactés indirectement.

Morgane choisie pour reprendre le festival d’Angoulême dès 2027

Cette crise s’inscrit dans un conflit plus large autour de la gouvernance du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Initialement, l’association FIBD avait reconduit 9e Art+ pour l’organisation du festival après 2027. Mais quelques jours plus tard, cette décision avait finalement été annulée, ouvrant la voie à un nouvel appel à projets.

Le 21 avril 2026, l’ADBDA a finalement désigné Morgane comme nouveau délégataire pour piloter l’édition 2027. Le projet, porté par Marie Parisot et Céline Bagot, doit désormais reconstruire l’événement après plusieurs mois de tensions institutionnelles et financières.

Des procédures judiciaires toujours en cours

Malgré la liquidation de 9e Art+, le dossier judiciaire reste loin d’être clos. L’ancienne société organisatrice ainsi que l’association FIBD ont engagé des poursuites contre l’ADBDA pour concurrence déloyale et parasitisme.

Selon Franck Bondoux, les procédures doivent se poursuivre sous l’autorité du mandataire judiciaire chargé de la liquidation. Les éventuelles indemnisations pourraient servir à rembourser les créanciers si les anciens organisateurs obtenaient gain de cause.

Cette bataille judiciaire pourrait d’ailleurs fragiliser la préparation de l’édition 2027. Une décision de justice attendue à la rentrée pourrait avoir des conséquences importantes sur la nouvelle organisation du festival.

Un avenir encore flou à Angoulême pour le plus grand festival BD de France

La disparition de 9e Art+ clôt un chapitre majeur de l’histoire récente du festival d’Angoulême. Pendant deux décennies, la société aura façonné l’identité moderne du FIBD, contribuant à son rayonnement international et à sa place centrale dans l’univers de la bande dessinée.

Mais aujourd’hui, entre tensions institutionnelles, procédures judiciaires et changement de gouvernance, l’avenir du festival reste entouré d’incertitudes. Le défi pour les nouveaux organisateurs sera désormais de restaurer la confiance des auteurs, éditeurs, partenaires et visiteurs afin d’assurer la pérennité d’un événement incontournable du 9e art en France.