Livrempreinte : comment calculer le bilan carbone de la fabrication d’un livre ?

Papier, impression, façonnage, encres, transport… Quel est réellement le bilan carbone de la fabrication d’un livre ? Avec Livrempreinte, le Syndicat national de l’édition veut permettre aux éditeurs français de répondre plus précisément à cette question. Le nouvel outil ne se contente pas d’estimer les émissions d’un tirage : il permet également de comparer différents scénarios avant même de lancer l’impression.

Mesurer pour pouvoir réduire. C’est autour de ce principe que le Syndicat national de l’édition (SNE) a développé Livrempreinte, une plateforme destinée à mieux quantifier l’impact carbone de la fabrication des livres.

L’objectif est de donner aux maisons d’édition un outil commun permettant d’obtenir des données comparables et suffisamment précises pour intégrer progressivement la question environnementale dans les décisions de fabrication.

Jusqu’ici, calculer précisément le bilan carbone d’un livre pouvait en effet rapidement devenir complexe. Entre l’origine du papier, son grammage, les procédés d’impression, le façonnage ou encore les kilomètres parcourus avant l’arrivée des ouvrages au centre de distribution, les paramètres sont nombreux.

Livrempreinte tente justement de les rassembler.

Papier, impression, façonnage : que prend en compte Livrempreinte ?

Le calcul est réalisé en premier lieu à l’échelle d’un tirage complet.

L’éditeur peut renseigner les caractéristiques du papier et son grammage, sa provenance et son lieu de fabrication, les quantités consommées, l’imprimeur choisi, les procédés d’impression et de façonnage, mais aussi les encres, les colles ou encore certaines finitions utilisées pour fabriquer l’ouvrage.

Le transport entre également dans l’équation.

Les différents sites de production peuvent être géolocalisés afin d’estimer les distances parcourues. Le mode de transport employé — notamment camion, train ou bateau — permet ensuite d’affiner le calcul.

Toutes ces informations aboutissent à une estimation exprimée en kilogrammes équivalent CO₂ (kg CO₂e).

L’éditeur peut connaître l’empreinte estimée de l’ensemble de son tirage, mais également obtenir un résultat rapporté à un seul exemplaire. Les différents postes d’émission peuvent ensuite être distingués afin d’identifier ceux qui pèsent le plus lourd dans le bilan de fabrication.

Des données plus ou moins précises selon les informations disponibles

Un calcul carbone ne peut cependant être pertinent que si les données utilisées le sont également.

Livrempreinte a été développé avec le cabinet Écograf, spécialisé dans les enjeux environnementaux de la chaîne graphique, ainsi qu’avec AKKI. La plateforme repose notamment sur des informations provenant des papetiers et des imprimeurs.

Lorsque l’éditeur dispose de données précises concernant son ouvrage, celles-ci peuvent être intégrées au calcul.

Dans le cas contraire, le système s’appuie sur des valeurs moyennes. La plateforme indique alors le degré de fiabilité de l’estimation obtenue.

Cette mécanique pourrait avoir une autre conséquence : pousser progressivement les éditeurs à réclamer davantage d’informations environnementales à leurs fournisseurs.

Des données qui n’étaient autrefois pas nécessairement demandées lors d’une commande pourraient ainsi devenir des éléments habituels des échanges entre éditeurs, imprimeurs et papetiers.

Calculer le bilan carbone d’un livre avant son impression

C’est probablement l’une des fonctions les plus intéressantes de Livrempreinte : le calculateur n’est pas uniquement destiné aux livres déjà fabriqués.

Un éditeur peut également l’utiliser avant de lancer l’impression.

Il devient alors possible de modifier certains paramètres et de comparer les résultats obtenus.

Que se passe-t-il si l’on choisit un autre papier ? Un grammage différent ? Un nouveau format ? Un imprimeur situé plus près du centre de distribution ? Une technique de fabrication différente ?

Chaque scénario peut théoriquement produire un bilan carbone différent.

Livrempreinte transforme ainsi la mesure environnementale en outil d’aide à la décision éditoriale.

L’objectif n’est toutefois pas d’établir une recette universelle du « livre écologique ». Un roman grand format, une bande dessinée, un album jeunesse ou un livre de poche présentent des contraintes de fabrication, des usages et des marchés très différents.

La performance carbone devient donc un critère supplémentaire à prendre en compte sans nécessairement sacrifier la qualité, la solidité ou l’attractivité du livre.

Jusqu’à 400 informations pour les ouvrages les plus complexes

La saisie manuelle de toutes ces informations pourrait rapidement devenir fastidieuse pour une maison publiant plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de références chaque année.

Un système d’importation à partir d’un fichier Excel est donc prévu.

Pour les ouvrages présentant de nombreux composants, ce document peut contenir jusqu’à environ 400 colonnes potentielles permettant de décrire précisément leur fabrication.

À terme, une connexion avec les logiciels ERP utilisés par les maisons d’édition devrait également permettre d’automatiser davantage la transmission des informations.

L’enjeu est important pour les grands éditeurs : mesurer quelques tirages manuellement reste envisageable, mais appliquer cette méthode à plusieurs centaines ou milliers de productions annuelles nécessiterait autrement un travail considérable.

Livrempreinte ne calcule pas l’impact environnemental total d’un livre

Une distinction est cependant essentielle.

Le bilan fourni par Livrempreinte n’est pas l’empreinte écologique complète d’un livre pendant toute son existence.

Le calculateur se concentre principalement sur sa fabrication jusqu’au centre de distribution.

Or l’histoire environnementale d’un livre ne s’arrête évidemment pas à la sortie de l’imprimerie.

Transport vers les librairies, stockage, retours, invendus, pilon, réimpressions ou encore durée de conservation sont autant d’éléments susceptibles d’influencer son impact réel.

Un tirage important peut, par exemple, afficher mécaniquement un résultat intéressant lorsqu’il est ramené à l’exemplaire. Mais cette donnée ne permet pas à elle seule de déterminer si la décision était environnementalement pertinente si une part importante des exemplaires termine ensuite parmi les invendus.

À l’inverse, un ouvrage conservé pendant plusieurs décennies, prêté ou acheté d’occasion connaît une trajectoire totalement différente.

Vers une analyse plus complète du cycle de vie du livre

Cette question doit être étudiée plus largement dans le cadre de « Chapitres responsables », le programme environnemental porté par le SNE.

Un travail consacré à l’analyse du cycle de vie doit notamment permettre d’examiner plusieurs profils éditoriaux : livre grand format, poche, bande dessinée et jeunesse.

L’ambition est alors d’aller au-delà de la seule fabrication pour mieux comprendre les conséquences des choix de diffusion, de distribution et de commercialisation.

Stockage, services de presse, réimpressions ou retours peuvent ainsi être replacés dans une analyse beaucoup plus globale de la chaîne du livre.

Les éditeurs pourront suivre leur empreinte carbone dans le temps

Livrempreinte ne s’arrête pas non plus au calcul ouvrage par ouvrage.

Les maisons pourront regrouper leurs différentes estimations afin d’obtenir un bilan mensuel, trimestriel ou annuel de leur production.

Une maison d’édition pourra donc théoriquement suivre l’évolution de son empreinte et vérifier si les changements apportés à ses méthodes de fabrication produisent effectivement des résultats dans la durée.

À une échelle plus large, le SNE envisage également l’exploitation de données anonymisées lorsque le nombre d’utilisateurs deviendra suffisamment représentatif.

Cela pourrait progressivement donner à la filière une vision beaucoup plus précise de l’empreinte carbone de l’édition française.

Combien coûte Livrempreinte pour une maison d’édition ?

Le calculateur est destiné aux maisons d’édition françaises, qu’elles soient ou non membres du Syndicat national de l’édition.

Les préinscriptions sont annoncées comme gratuites et sans engagement jusqu’au 18 novembre 2026.

Le fonctionnement doit ensuite reposer sur un abonnement annuel dont le montant dépend de la taille de la structure. Lors de la présentation du dispositif, les tarifs annoncés s’étendaient d’environ 60 € à 7 000 € HT par an.

Un accès gratuit mais limité est également prévu pour les petites structures réalisant moins de dix tirages par an.

Cette dernière possibilité devrait notamment permettre aux petites maisons indépendantes de commencer à évaluer leurs productions sans supporter le même coût qu’un groupe éditorial réalisant plusieurs milliers de tirages.

Vers l’affichage de l’empreinte carbone directement dans les livres ?

À terme, le résultat pourrait même devenir visible par le lecteur.

Le SNE travaille en effet sur la possibilité de fournir aux éditeurs qui le souhaitent un élément permettant d’indiquer en fin d’ouvrage l’empreinte carbone calculée pour un exemplaire.

Une évolution intéressante, mais qui nécessitera nécessairement de bien expliquer ce que représente le chiffre affiché.

Car un nombre exprimé en grammes ou kilogrammes de CO₂e pourrait facilement être interprété comme l’empreinte environnementale totale du livre, alors qu’il correspond au périmètre précis retenu par le calculateur.

Mesurer l’empreinte carbone pour changer la fabrication des livres

Livrempreinte ne donnera donc pas une réponse définitive à la question : « Quel est l’impact environnemental d’un livre ? »

En revanche, l’outil pourrait apporter quelque chose qui manquait encore à de nombreux professionnels : une méthode commune permettant de mesurer, comparer et simuler.

Un éditeur pourra ainsi observer l’impact d’un changement de papier, d’imprimeur, de format ou de procédé de fabrication avant de prendre sa décision.

À l’échelle d’une maison entière, ces données pourront ensuite permettre de suivre l’évolution des émissions liées à la production au fil des années.

La transformation écologique du secteur du livre ne se résumera évidemment pas à un calculateur. Mais disposer de données communes et comparables constitue une première étape essentielle : avant de chercher à réduire l’empreinte carbone du livre, encore faut-il être capable de savoir précisément où elle se trouve.

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