Le conflit entre les éditeurs et les plateformes de livres piratés franchit une nouvelle étape. Plusieurs des plus importantes maisons d’édition anglophones poursuivent WeLib devant la justice américaine, accusant le site d’héberger des millions d’ouvrages protégés et de fournir ces contenus à des entreprises développant des modèles d’intelligence artificielle. Une affaire qui pourrait faire jurisprudence dans la protection des œuvres à l’ère de l’IA générative.
Les Big Five s’unissent contre WeLib
Les principaux acteurs de l’édition internationale renforcent leur offensive contre les plateformes de piratage numérique. Hachette, Penguin Random House, HarperCollins, Macmillan et Simon & Schuster ont déposé une plainte devant un tribunal fédéral de New York visant WeLib, une bibliothèque numérique accusée de diffuser illégalement des dizaines de millions de livres protégés par le droit d’auteur.
Selon les éditeurs, la plateforme ne se contente pas de mettre ces ouvrages à disposition du public : elle proposerait également un accès privilégié à ces fichiers à des entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle afin d’entraîner leurs modèles de langage.
Une nouvelle cible après Anna’s Archive
Cette procédure judiciaire s’inscrit dans une stratégie plus large engagée par les éditeurs contre les bibliothèques pirates. Après les actions intentées contre Anna’s Archive, WeLib apparaît comme un nouvel acteur majeur de la diffusion illégale de catalogues numériques.
Les plaignants estiment que le site aurait repris une partie des contenus et de l’infrastructure technique de cette précédente plateforme, poursuivant ainsi la circulation massive d’œuvres protégées hors des circuits autorisés.
L’intelligence artificielle au cœur du conflit
Si le piratage de livres constitue déjà un enjeu majeur pour les ayants droit, la dimension liée à l’intelligence artificielle donne une portée nouvelle à cette affaire.
Les éditeurs accusent WeLib d’avoir facilité l’accès de sociétés technologiques à d’immenses corpus d’ouvrages destinés à entraîner des modèles d’IA générative. Selon la plainte, des entreprises auraient pu obtenir un accès rapide à ces fichiers en échange de contributions financières ou de dons.
Cette problématique dépasse désormais la simple diffusion illégale de livres : elle concerne également l’utilisation commerciale d’œuvres protégées pour développer des technologies capables de générer de nouveaux contenus.
Des millions de livres concernés
Les chiffres avancés dans la plainte témoignent de l’ampleur du phénomène. Les éditeurs évoquent plus de 51 millions de livres consultés illégalement en un mois, ainsi qu’environ 80 000 utilisateurs mensuels.
Les œuvres concernées couvriraient aussi bien des romans que des ouvrages universitaires ou des publications professionnelles, représentant une part importante du catalogue des grandes maisons d’édition internationales.
Parallèlement, une autre procédure judiciaire affirme que certains contenus issus de WeLib auraient servi à l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle de Meta, illustrant les liens de plus en plus étroits entre les bibliothèques pirates et l’industrie de l’IA.
Les éditeurs veulent faire évoluer les règles
Au-delà de la fermeture de WeLib, les plaignants réclament des dommages pouvant atteindre 150 000 dollars par œuvre piratée, conformément aux dispositions du droit américain sur le copyright.
L’objectif affiché est également de créer un précédent juridique capable d’encadrer l’utilisation des catalogues numériques dans le développement des intelligences artificielles.
Une bataille décisive pour l’avenir du livre numérique face à Welib
L’affaire WeLib illustre les profondes mutations auxquelles fait face le secteur de l’édition. À mesure que les modèles d’intelligence artificielle nécessitent des volumes toujours plus importants de données, la question de l’origine des contenus utilisés devient centrale.
Pour les éditeurs, il s’agit désormais de défendre non seulement leurs droits face au piratage traditionnel, mais aussi de préserver la maîtrise de leurs catalogues dans un environnement où les œuvres numériques représentent une ressource stratégique pour l’entraînement des futures intelligences artificielles. Les décisions rendues dans ces différents contentieux pourraient ainsi redéfinir durablement les relations entre l’édition, le numérique et l’IA.