Lieu emblématique de la vie littéraire parisienne, la librairie Shakespeare and Company fait partie des adresses les plus célèbres du monde du livre. Connue pour son histoire exceptionnelle, son atmosphère unique et son lien avec de grands écrivains internationaux, l’enseigne parisienne attire chaque année des milliers de visiteurs venus du monde entier.
Mais cette notoriété a récemment conduit la librairie à engager une bataille judiciaire contre Amazon, accusé d’avoir exploité commercialement son image et son nom à travers des produits dérivés vendus en ligne.
Shakespeare and Company, une librairie mythique à Paris
Située rue de la Bûcherie dans le 5e arrondissement de Paris depuis 1951, Shakespeare and Company perpétue l’héritage de la première librairie fondée en 1919 par Sylvia Beach.
L’établissement est devenu au fil du temps un véritable symbole de la littérature internationale. De nombreux écrivains prestigieux y sont passés, parmi lesquels Ernest Hemingway, F. Scott Fitzgerald, Gertrude Stein ou encore Allen Ginsberg.
Son intérieur atypique, ses escaliers en bois, ses bibliothèques chargées de livres et son atmosphère intemporelle participent largement à sa réputation mondiale.
Aujourd’hui encore, la librairie constitue une étape incontournable pour les amateurs de littérature et les touristes de passage à Paris.
Une image devenue une véritable marque commerciale
Avec sa renommée internationale, Shakespeare and Company a progressivement développé toute une gamme de produits dérivés : tote bags, carnets, marque-pages, vêtements ou encore affiches.
Pour protéger son identité visuelle et commerciale, la librairie a déposé plusieurs marques autour du nom « Shakespeare and Company » ainsi que certains visuels représentant la célèbre façade de l’établissement.
Cette stratégie vise notamment à empêcher des utilisations commerciales non autorisées de son image.
Amazon accusé de contrefaçon
Le conflit éclate lorsque Shakespeare and Company découvre plusieurs vêtements et accessoires vendus sur Amazon via le service d’impression à la demande « Merch on Demand ».
Parmi les produits concernés figurent notamment des tee-shirts, sweats et sacs en toile utilisant le nom de la librairie ainsi qu’une illustration représentant sa façade.
La librairie parisienne décide alors de poursuivre plusieurs sociétés du groupe Amazon devant le tribunal judiciaire de Paris pour contrefaçon de marques et atteinte à ses droits.
La justice reconnaît des actes de contrefaçon
Dans sa décision rendue en mai 2026, le tribunal judiciaire de Paris reconnaît que plusieurs sociétés liées à Amazon ont bien commis des actes de contrefaçon concernant les marques verbales « Shakespeare and Company ».
Les juges estiment notamment que les produits vendus sur la plateforme utilisaient clairement le nom de la librairie dans leurs titres et descriptions commerciales.
Amazon a ainsi été condamné à verser 3000 euros de dommages et intérêts à Shakespeare and Company, ainsi qu’à prendre en charge certains frais de procédure.
Le tribunal interdit également aux sociétés concernées de reproduire ou d’utiliser le nom de la librairie sur des produits textiles et accessoires.
Une décision importante pour les librairies indépendantes
Au-delà du simple conflit commercial, cette affaire illustre les tensions croissantes entre les grandes plateformes numériques et les acteurs indépendants du monde du livre.
Shakespeare and Company défend ici bien plus qu’un simple nom : la librairie protège un patrimoine culturel et littéraire devenu mondialement reconnu.
Cette décision judiciaire rappelle également l’importance de la propriété intellectuelle pour les librairies indépendantes, particulièrement lorsqu’elles possèdent une forte identité visuelle et historique.
Une opposition symbolique entre deux visions du livre
Dans le cadre du procès, Shakespeare and Company a même qualifié Amazon « d’antithèse » de la librairie indépendante.
D’un côté, une enseigne historique fondée sur les échanges littéraires, la transmission culturelle et la relation humaine autour des livres. De l’autre, une multinationale du commerce numérique incarnant la puissance industrielle de la vente en ligne.
Cette affaire symbolise ainsi un débat beaucoup plus large autour de l’avenir des librairies indépendantes face aux géants du numérique.
Malgré les mutations du marché du livre, Shakespeare and Company continue aujourd’hui d’incarner une certaine idée romantique et culturelle de la librairie, toujours profondément ancrée dans l’imaginaire collectif des lecteurs du monde entier.