Titre : Grande collection : suivi du manuel du collectionneur
Auteur : Lucifer (Denis Blanchot)
Editeur : Amazon
Genre : Roman
Relié : 12 €
Ibsn : 979-8242826588
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4ème de couverture/Résumé
” Il commença sa collection très jeune : tout ce qu’il vivait méritait d’être gardé, classé, étiqueté et rangé. Tout était si exceptionnel. Chaque jour, il s’isolait longuement pour enrichir encore et encore sa collection. Le premier volume fut bientôt rempli. Mais à peine eut-il grandi d’un pouce, qu’il dût tout reprendre. Il fallait sans cesse trouver un nouveau classement, réorganiser, inventer de nouvelles rubriques pour ordonner les nouveaux éléments sans renoncer aux anciens… “
Interprétant ésaïe qui prophétise contre le roi de Babylone (14 12-14), l’Église a fait de Lucifer un ange déchu, alors même que l’évêque de Cagliari (Sardaigne), au IVe siècle, portait ce nom et qu’on le retrouve dans la liturgie (Vigile pascale – exsultet) pour désigner Jésus revenu des enfers. Lucifer signifie le porteur de lumière, il est l’étoile du matin, c’est-à-dire Vénus, astre de l’amour. (Voir 2 Pierre 1 19 ; Luc 15 3–7 ; Apocalypse 2 28 et 22 16).
Denis Blanchot, ex-journaliste et prestataire pour l’édition, est l’auteur de l’essai « Les fumeurs sont-ils des êtres humains ? » et de la postface de « Les oubliées » sur la rafle républicaine des Allemandes antinazies en 1940 ; le cocréateur du jeu best-seller « Dobble/Spot it ! » ; le coauteur de « Petit mouton » (petitmouton.fr) et du site « veldhiv.org » sur le crime contre l’humanité français de 1942. Voir blanchot.net
La chronique de La rédaction
Avec Grande Collection, Denis Blanchot propose un texte singulier, dense et profondément troublant, qui s’apparente moins à un simple roman qu’à une expérience de pensée. Dès les premières pages, le lecteur est happé dans l’univers mental du Grand Collectionneur, personnage à la fois fascinant et inquiétant, dont l’existence entière se construit autour d’un impératif absolu : tout conserver, tout classer, tout comprendre.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la cohérence implacable de cette obsession. Rien n’est laissé au hasard : souvenirs, émotions, colères, interruptions, regrets deviennent des objets à archiver. La vie elle-même se transforme en matière première d’une œuvre totale, vouée à s’étendre sans fin. Denis Blanchot décrit cette dérive avec une précision presque clinique, mais sans jamais perdre de vue la dimension profondément humaine — et tragique — de son personnage. Car derrière la quête de perfection se dessine peu à peu une solitude radicale, une rupture silencieuse avec le monde.
L’écriture épouse ce mouvement d’enfermement et d’exaltation. Ample, parfois vertigineuse, elle accumule les phrases comme le Collectionneur accumule les volumes, les classements et les systèmes. Cette prose exigeante, loin d’être décorative, devient le véritable moteur du récit. Elle plonge le lecteur dans un flux mental continu, oscillant entre génie visionnaire et perte de repères, entre illumination intellectuelle et désincarnation progressive. Grande Collection n’est pas un roman confortable. Il demande de l’attention, de la disponibilité, une forme d’abandon. Mais il offre en retour une réflexion puissante sur notre rapport à la mémoire, à la maîtrise et à l’absolu. À travers cette fable moderne, Denis Blanchot interroge la tentation de tout ordonner, de tout figer, et pose une question essentielle : que reste-t-il de l’humain lorsque la vie devient un système parfait ?
Œuvre à part, dérangeante et profondément stimulante, La Grande Collection s’impose comme un texte rare, qui continue de résonner bien après la lecture. Un roman qui ne cherche pas à séduire, mais à éprouver — et qui, pour cette raison même, marque durablement l’esprit.
Chronique de La rédaction