Avant d’être une traversée de l’Atlantique, l’esclavage fut d’abord une tragédie africaine. Captures, trahisons, razzias, fractures communautaires : de nombreux romans ont choisi de raconter cette histoire depuis le continent africain, en donnant une voix à celles et ceux qui ont vécu l’arrachement.
Voici cinq romans majeurs qui explorent l’époque de l’esclavage en Afrique, entre mémoire historique et souffle romanesque.
1. La Saison de l’ombre – Léonora Miano
Roman incontournable, La Saison de l’ombre se situe en Afrique subsaharienne au moment des premières razzias esclavagistes. Des hommes disparaissent mystérieusement d’un village, sans que les femmes comprennent ce qui leur arrive.
Léonora Miano adopte un point de vue rare : celui des communautés restées sur place, confrontées à l’incompréhensible, à la perte et au silence. Le roman évoque la naissance du traumatisme collectif lié à la traite négrière.
Pourquoi ce roman est essentiel : il replace l’esclavage dans une mémoire africaine trop souvent occultée.
2. Ségou – Maryse Condé
Fresque monumentale, Ségou plonge le lecteur dans l’empire bambara au XVIIIᵉ siècle, à une époque où l’Afrique est bouleversée par la traite esclavagiste, l’expansion de l’islam et la colonisation naissante.
À travers le destin d’une grande famille, Maryse Condé montre comment l’esclavage s’inscrit dans des dynamiques politiques, économiques et religieuses complexes.
Pourquoi ce roman fait référence : il révèle les divisions internes et les responsabilités multiples liées à l’esclavage.
3. Roots (Racines) – Alex Haley
Si Roots est souvent associé à l’histoire afro-américaine, son ouverture se déroule en Afrique de l’Ouest, au XVIIIᵉ siècle. Le roman retrace la vie de Kunta Kinte avant sa capture, décrivant avec précision la culture mandingue et la brutalité de l’arrachement.
Cette partie africaine est fondamentale pour comprendre l’impact humain de la traite.
Pourquoi ce roman est fondamental : il relie l’Afrique à la diaspora par une mémoire incarnée.
4. The Slave Girl (L’Esclave) – Buchi Emecheta
Dans ce roman nigérian majeur, Buchi Emecheta raconte l’histoire d’Ojebeta, une jeune fille vendue comme esclave domestique dans le Nigeria du début du XXᵉ siècle, héritier direct des systèmes esclavagistes traditionnels.
Le roman met en lumière la condition féminine et la persistance de l’esclavage bien au-delà de son abolition officielle.
Pourquoi ce roman est précieux : il montre que l’esclavage en Afrique a pris des formes durables et quotidiennes.
5. Homegoing – Yaa Gyasi
Ce roman choral débute au XVIIIᵉ siècle, sur la côte ghanéenne, au cœur des forts esclavagistes. Deux demi-sœurs, l’une destinée à l’esclavage, l’autre mariée à un marchand, incarnent deux trajectoires issues d’un même point de départ africain.
Homegoing explore les conséquences de l’esclavage sur plusieurs générations, en Afrique comme dans la diaspora.
Pourquoi ce roman est marquant : il relie l’histoire africaine à ses héritages contemporains.
Dire l’esclavage depuis l’Afrique
Ces cinq romans rappellent que l’esclavage ne peut être compris sans écouter les voix africaines. En donnant chair aux captifs, aux familles brisées et aux sociétés bouleversées, la littérature permet de restituer la complexité historique et la profondeur humaine de cette tragédie.
Lire ces œuvres, c’est refuser l’oubli et reconnaître l’esclavage comme une histoire africaine autant que mondiale.