Toulouse : un bibliothécaire municipal lié à une maison d’édition d’extrême droite

La ville de Toulouse fait face à une affaire sensible mêlant fonction publique, édition et devoir de neutralité. Bertrand Le Digabel, bibliothécaire municipal et fondateur des éditions Auda Isarn, fait actuellement l’objet d’un examen déontologique après la révélation des orientations idéologiques de sa maison d’édition. Cette dernière publie depuis plusieurs années des ouvrages associés aux milieux nationalistes, identitaires et néonazis.

Qui est Bertrand Le Digabel ?

Employé au sein du réseau des bibliothèques municipales de Toulouse, Bertrand Le Digabel dirige parallèlement les éditions Auda Isarn, fondées au début des années 2000. Il publie également sous le pseudonyme de Pierre Gillieth, nom sous lequel il a notamment signé le roman Western électrique.

L’affaire a pris une ampleur nationale après des révélations de presse mettant en lumière le contenu du catalogue de sa maison d’édition et la présence de plusieurs ouvrages publiés par celle-ci dans les bibliothèques municipales toulousaines.

Les éditions Auda Isarn au cœur des critiques

Les éditions Auda Isarn proposent un catalogue éclectique mêlant romans, essais historiques, bandes dessinées et rééditions. Cependant, plusieurs publications sont directement associées à l’univers de l’extrême droite radicale, de la Collaboration ou du national-socialisme.

Parmi les titres régulièrement cités figurent des ouvrages consacrés au IIIe Reich, à certaines figures du nazisme ou encore des rééditions d’auteurs appréciés dans les milieux nationalistes. Le nom même de la maison d’édition fait référence à un personnage issu d’un roman de Marc Augier, plus connu sous le nom de Saint-Loup, ancien collaborateur ayant servi dans la Waffen-SS durant la Seconde Guerre mondiale.

Cette ligne éditoriale suscite aujourd’hui de nombreuses interrogations sur la compatibilité entre les activités privées de son dirigeant et ses fonctions au sein d’un service public culturel.

Pourquoi la mairie de Toulouse a-t-elle réagi ?

À la suite de la médiatisation de l’affaire, la municipalité affirme avoir découvert la situation par voie de presse. Selon la mairie, Bertrand Le Digabel n’aurait jamais signalé son activité éditoriale sous son pseudonyme.

Treize ouvrages des éditions Auda Isarn ont été identifiés dans les collections municipales. Certains étaient présents en raison du dépôt légal imprimeur, un mécanisme obligatoire de conservation du patrimoine imprimé. D’autres avaient été acquis au titre du fonds régional ou de l’intérêt local.

La ville a décidé de retirer les ouvrages qu’elle pouvait légalement retirer afin de ne pas apporter de soutien ou de visibilité à une maison d’édition dont elle désapprouve les orientations idéologiques.

Le rôle du dépôt légal dans cette affaire

L’un des aspects les plus méconnus de cette polémique concerne le dépôt légal. Certaines bibliothèques ont l’obligation de conserver des exemplaires d’ouvrages imprimés dans leur région, indépendamment de leur contenu ou de leur orientation idéologique.

Ainsi, plusieurs livres des éditions Auda Isarn demeurent dans les collections patrimoniales de Toulouse non pas en raison d’un choix documentaire, mais parce qu’ils relèvent d’une mission légale de conservation exercée pour le compte de l’État.

Cette distinction est importante : la présence d’un ouvrage dans une bibliothèque patrimoniale ne constitue pas nécessairement une validation de son contenu.

Un examen déontologique en cours

Au-delà de la question des collections, la municipalité a lancé une procédure visant à examiner la situation de son agent au regard des obligations imposées aux fonctionnaires.

Le Code général de la fonction publique rappelle en effet que les agents publics doivent exercer leurs missions avec impartialité, intégrité, probité et neutralité. L’enquête devra déterminer si les activités éditoriales de Bertrand Le Digabel sont compatibles avec ces principes.

Aucune décision n’a été annoncée pour le moment. Les conclusions de cet examen pourraient néanmoins alimenter un débat plus large sur les limites entre liberté d’expression, activités privées et devoir de neutralité des agents du service public.

Une affaire qui relance le débat sur la neutralité dans la fonction publique

Cette polémique dépasse désormais le seul cadre de Toulouse. Elle soulève des questions fondamentales sur la liberté d’édition, la responsabilité des agents publics et la gestion des collections dans les bibliothèques.

Entre respect de la liberté d’expression, lutte contre les idéologies extrémistes et obligations de neutralité des fonctionnaires, l’affaire Auda Isarn pourrait constituer un cas d’école pour les collectivités confrontées à des situations similaires dans les années à venir.