Les lèvres rouges de Jessika Lombar

Les lèvres rouges de Jessika Lombar

Genre : Roman

Estelas Éditions (2019), broché 240 pages, 16 ,90€ , version Kindle : 6,90€

Résumé / synopsis

Glaçante, sidérante et asphyxiante, l’histoire qui va vous être racontée est celle de Violette, une jolie et brillante jeune femme. Lorsqu’elle rencontre le mystérieux et séduisant Edouard, le coup de foudre est immédiat. Très éprise, elle le place au centre de sa vie et en oublie rapidement la sienne. Un piège implacable se referme sur elle. Confrontée au mensonge, à la violence et à la peur, entraînée dans une spirale infernale dont elle n’est plus capable de s’évader, elle va endurer l’impensable. Quelles seront ses limites face à l’intolérable ? Osera-t-elle quitter ce quotidien oppressant ? Grâce à son ami Denis, elle découvre un univers érotique qui va la bouleverser et la mener sur le chemin de la vérité. Les lèvres rouges qui obsèdent tant son mari, ne seraient-elles pas empoisonnées ? Préparez-vous au pire et méfiez-vous des apparences.

Avis du chroniqueur sur Les lèvres rouges

La violence des « Lèvres Rouges »

Dans son essai Le Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien, paru en 1998, la psychiatre Marie-France Hirigoyen évoque les effets destructeurs provoqués par les pervers narcissiques et pervers paranoïaques, identifiés à des prédateurs, sur le psychisme de leurs victimes en milieu conjugal, familial, éducatif et professionnel.

Ces êtres, charismatiques et envoûtants à fonctionnement destructeur sont de véritables vampires qui, dans leur déviance narcissique vont littéralement aspirer leur partenaire dans une infernale spirale. Ils vont externaliser leur mauvaise image d’eux-mêmes -écho à un lien infantile- dans l’espoir de pomper chez l’autre les qualités qu’ils n’ont pas en exerçant une emprise mortifère : ils soufflent le chaud et le froid, puis distillent les insultes, le dénigrement, la maltraitance physique et psychologique. La victime est alors prise dans une toile d’araignée, tenue à disposition, ligotée psychologiquement, anesthésiée. 

Suivant le schéma de la tragédie classique, cinq actes vont se succéder dans l’anéantissement progressif de la victime : la prise de contrôle, le piège qui se referme, l’anéantissement, puis, le temps du courage de partir pour la victime suivi de sa reconstruction.

C’est cette construction que Jessika Lombar a adoptée pour conter l’histoire de Violette et d’Édouard dans son deuxième roman : Les lèvres rouges. Elle a cependant ajouté une sixième phase, initiatique, comme le titre du film de John Boorman et le voyage en forme d’initiation cruelle des personnages : Délivrance. Astucieusement, elle reprend le personnage masculin ambigu déjà campé dans Rose Noir, son précédent ouvrage. Elle va peu à peu faire entrer le lecteur dans la psyché déviante et torturée de cet homme, en donnant à sa proie le rôle de narrateur de leur terrible histoire. Afin d’immerger le lecteur-témoin, elle en fait l’acteur en choisissant pour le récit la deuxième personne du singulier : Tu. Toi, lecteur, deviens Violette, qui sombre peu à peu, se perd, se noie lentement, sans comprendre. Jusqu’au dévoilement de bien terribles secrets et cette « Délivrance » finale ((P. 229) aussi surprenante qu’inattendue, sauf si l’on a été assez attentif pour remarquer les indices semés ici ou là au fil du récit.

Dans un style qui s’est affirmé, Jessika Lombar ne craint pas de montrer la cruauté et les débordements de cet homme qui ira si loin dans son entreprise de destruction. Les scènes sont agressives, vous sautent au visage. Le sexe est omniprésent, non pas celui des douces jouissances qu’il peut procurer, mais dans les excès ultra violents de celui qui l’impose, domination du corps de l’autre, simple objet à détruire. La vision qu’Édouard a des femmes se résume ainsi : « (…) toutes des putes refoulées » (P. 141) Violette subit, dans la peur, impuissante à se défendre et constate :  » Tu es devenue le réceptacle de toutes ses névroses. Son bouc émissaire. (…) Cela finira mal. C’est inéluctable. » (P.144) Jusqu’à ce que cet inéluctable se produise. Une page se tourne, au propre comme au figuré, et quand Violette reprend pied peu à peu, le récit revient à la troisième personne du singulier (P; 199). L’auteur-narrateur omniscient reprend la main pour prendre la nôtre et nous conduire vers la liberté d’esprit recouvrée de l’héroïne : « Elle sait à présent ce qu’elle veut pour le reste de sa vie. Elle veut choisir. Ne plus jamais subir« . (P.204)

Le choix de Violette surprendra, qu’il est impossible de dévoiler ici sans déflorer la fin de ce roman très fort, qu’il faut lire absolument. Le texte est âpre, rude, sans concession, ni dans les descriptions de maltraitance qui parfois font froid dans le dos, ni dans la narration. Que l’on ait ou pas eu affaire à un pervers narcissique, il touche par la profondeur de l’analyse au scalpel faite des errements d’Édouard et de la descente aux enfers de Violette.

Il est aussi porteur d’espoir pour celles qui subissent les violences de ces prédateurs redoutables : il est possible de leur échapper un jour…

Chronique de Julie-Anne de Sée :  Facebook