Publier un livre est souvent perçu comme un acte de liberté. Pourtant, dans certaines régions du monde, écrire lorsqu’on est une femme peut encore relever du courage, voire du danger. Si peu d’États interdisent officiellement aux femmes de devenir autrices, plusieurs régimes imposent des restrictions si fortes qu’elles rendent l’exercice de la littérature presque impossible.
L’Afghanistan, un effacement progressif de la voix des femmes
Depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, la situation des femmes afghanes s’est considérablement dégradée.
L’accès à l’éducation secondaire et universitaire leur est interdit, de nombreuses professions leur sont fermées et leur présence dans l’espace public est fortement limitée. Dans un tel contexte, écrire, publier ou simplement participer à la vie culturelle est devenu extrêmement difficile.
Plusieurs écrivaines ont choisi l’exil afin de poursuivre leur travail, tandis que d’autres publient désormais sous pseudonyme ou diffusent leurs textes à l’étranger. Pour celles restées dans le pays, prendre la plume peut exposer à des représailles.
L’Iran : une littérature sous étroite surveillance
L’Iran possède une riche tradition littéraire et compte de nombreuses autrices reconnues. Pourtant, publier un ouvrage y reste soumis à un contrôle préalable.
Chaque manuscrit doit obtenir l’autorisation des autorités avant sa diffusion. Les œuvres abordant certains sujets, comme les droits des femmes, la sexualité, les critiques du pouvoir ou certaines questions religieuses, peuvent être censurées, modifiées ou interdites.
Les écrivaines iraniennes continuent néanmoins d’occuper une place importante dans la création littéraire, parfois en publiant depuis l’étranger ou en faisant traduire leurs œuvres hors du pays.
L’Arabie saoudite : une évolution récente, mais encore encadrée
Longtemps, les femmes saoudiennes ont dû composer avec de nombreuses restrictions sociales et juridiques.
Si plusieurs réformes ont été engagées ces dernières années et que des autrices publient aujourd’hui dans le royaume, la liberté d’expression demeure limitée. Les ouvrages considérés comme contraires aux valeurs religieuses, politiques ou morales peuvent être censurés.
Les écrivaines abordant des sujets sensibles choisissent parfois des éditeurs étrangers afin de toucher un public plus large.
La Corée du Nord : une littérature au service de l’État
En Corée du Nord, hommes et femmes peuvent théoriquement écrire. En pratique, toute la production littéraire est contrôlée par le régime.
Les auteurs travaillent généralement dans des structures officielles et les œuvres doivent promouvoir l’idéologie de l’État. L’expression personnelle ou la critique du pouvoir n’ont pas leur place.
Pour les femmes comme pour les hommes, il n’existe donc pas de véritable liberté d’auteur.
Quand écrire devient un acte de résistance
Dans plusieurs autres pays, les difficultés ne prennent pas forcément la forme d’une interdiction officielle.
Pressions familiales, discriminations, absence d’accès à l’éducation, menaces, autocensure ou encore difficultés à trouver un éditeur peuvent empêcher de nombreuses femmes de faire entendre leur voix.
Certaines choisissent alors d’écrire sous un pseudonyme masculin ou neutre, une pratique qui rappelle d’ailleurs l’histoire de nombreuses écrivaines européennes du XIXᵉ siècle.
La littérature, un espace de liberté à préserver
Dire qu’un pays interdit totalement aux femmes d’être autrices serait souvent inexact. En revanche, plusieurs États imposent aujourd’hui des conditions qui rendent cette liberté extrêmement fragile.
À travers le monde, de nombreuses écrivaines continuent pourtant d’écrire malgré les risques, convaincues que la littérature reste un formidable moyen de témoigner, de transmettre et de résister.
Leur engagement rappelle que la liberté d’écrire ne peut jamais être considérée comme acquise. Dans certains pays, publier un roman n’est pas seulement un accomplissement artistique : c’est aussi un acte de courage.




