Il est des romans qui dépassent les frontières de la littérature pour devenir de véritables phénomènes culturels. La Tresse, premier roman de Laetitia Colombani, publié en 2017 aux éditions Grasset, appartient incontestablement à cette catégorie. Avec son récit choral consacré aux destins de trois femmes vivant sur trois continents, l’ouvrage a conquis un immense lectorat avant de connaître une nouvelle vie sur grand écran.
Sorti au cinéma en France le 29 novembre 2023, le film La Tresse, réalisé par l’autrice elle-même, transpose cette histoire de courage, de résistance et d’émancipation féminine dans un langage visuel particulièrement sensible.
Comment ce roman devenu best-seller a-t-il été adapté au cinéma ? Quels sont les personnages au cœur de cette histoire universelle ? Et que révèle le passage du livre à l’écran sur la force du récit original ?
La Tresse : trois femmes, trois continents, une même volonté de liberté
Au cœur de La Tresse, trois personnages féminins évoluent dans des environnements sociaux et culturels radicalement différents. Pourtant, leurs trajectoires individuelles se répondent et finissent par composer une seule et même histoire.
En Inde, Smita appartient à la communauté des Dalits, longtemps désignés comme les « Intouchables ». Condamnée à exercer un travail dégradant en raison de sa condition sociale, elle refuse que sa fille Lalita subisse le même destin. Son rêve est simple : lui permettre d’aller à l’école et de construire un avenir différent. Pour cela, Smita est prête à défier les traditions et à prendre des risques considérables.
En Italie, Giulia travaille dans l’atelier familial de confection de perruques, en Sicile. Lorsque son père est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise traverse une crise financière majeure. Entre fidélité aux traditions et désir d’indépendance, la jeune femme doit trouver le courage de prendre son destin en main.
Au Canada, Sarah est une avocate brillante, entièrement dévouée à sa carrière. Habituée à contrôler chaque aspect de son existence, elle voit ses certitudes bouleversées lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer. Confrontée à la maladie et au regard des autres, elle doit réinventer sa relation à elle-même et à sa féminité.
Ces trois femmes ne se rencontrent jamais. Pourtant, un lien inattendu les unit, symbolisé par les cheveux, qui deviennent le fil conducteur de cette histoire profondément humaine.
De La Tresse, roman à succès, à son adaptation cinématographique
Publié en 2017 chez Grasset, puis en 2018 au Livre de Poche, La Tresse marque les débuts de Laetitia Colombani dans le roman. Son succès dépasse rapidement les frontières françaises.
Traduit et diffusé à l’international, le livre touche des millions de lecteurs grâce à son écriture accessible, à sa construction originale et à la portée universelle de ses thématiques. Au moment de la sortie du film, l’éditeur évoquait déjà cinq millions de lecteurs.
L’adaptation cinématographique apparaît alors comme un prolongement naturel de cette réussite littéraire. Mais elle présente une particularité importante : c’est Laetitia Colombani elle-même qui décide de porter son œuvre à l’écran.
Déjà réalisatrice et scénariste avant de devenir romancière, elle retrouve ainsi son premier métier pour donner une nouvelle dimension à son histoire. Elle cosigne le scénario avec Sarah Kaminsky et relève le défi de raconter trois trajectoires féminines sur trois continents, dans plusieurs langues.
Le film sort en France le 29 novembre 2023, près de six ans après la publication du roman.
Qui sont les actrices du film La Tresse ?
Mia Maelzer — Smita
L’actrice incarne cette mère indienne déterminée à offrir à sa fille une vie meilleure. Son personnage porte l’un des combats les plus poignants du récit : celui de l’éducation et de la dignité.
Fotinì Peluso — Giulia
L’actrice italienne interprète une jeune femme confrontée à l’effondrement de son héritage familial, mais également à la possibilité d’une nouvelle vie.
Kim Raver — Sarah
Connue notamment pour ses rôles dans Grey’s Anatomy et 24 Heures chrono, l’actrice américaine prête ses traits à une femme puissante dont l’existence bascule avec la maladie.
La distribution comprend également Avi Nash et Sajda Pathan. La musique du film est signée Ludovico Einaudi, dont les compositions accompagnent la dimension émotionnelle du récit.
Quelles différences entre le roman La Tresse et le film ?
Adapter un roman aussi populaire représente un exercice délicat. Il faut préserver l’essence du texte tout en exploitant les possibilités propres au cinéma.
Dans le livre, Laetitia Colombani alterne les chapitres consacrés à Smita, Giulia et Sarah. Cette construction donne au lecteur le sentiment de suivre trois histoires indépendantes, progressivement rapprochées par un même fil narratif.
Le film conserve cette structure chorale, mais privilégie naturellement l’image, les regards, les gestes et les paysages pour exprimer les émotions des personnages.
Les différences ne concernent pas seulement la mise en scène. Laetitia Colombani a notamment expliqué avoir développé davantage la partie italienne, en approfondissant les relations de Giulia avec Kamal, sa mère et ses sœurs.
Ces choix permettent de donner plus d’ampleur à certains personnages sans modifier le message fondamental de l’œuvre.
Le film reste ainsi fidèle à l’esprit du roman tout en affirmant son identité cinématographique.
Une adaptation ambitieuse tournée sur trois continents
L’une des particularités de La Tresse réside dans son ambition internationale.
Pour donner vie aux trois univers du roman, Laetitia Colombani a réalisé un tournage en Inde, au Canada et en Italie. Le film fait également entendre plusieurs langues, notamment l’hindi, l’italien et l’anglais.
Ce choix contribue à préserver l’identité culturelle de chaque héroïne et à renforcer le réalisme de leurs histoires.
Les décors deviennent ainsi de véritables éléments narratifs : les paysages indiens accompagnent le combat de Smita, les ateliers siciliens témoignent de l’héritage familial de Giulia, tandis que l’univers professionnel canadien reflète la pression sociale qui pèse sur Sarah.
La réalisation permet de mesurer les distances géographiques et sociales séparant ces femmes, tout en soulignant la proximité de leurs aspirations.
Malgré les difficultés logistiques et les reports liés à la pandémie, ce tournage international a permis de conserver l’une des caractéristiques essentielles du roman : son ouverture sur le monde.
Pourquoi La Tresse touche-t-il autant les lecteurs et les spectateurs ?
Si La Tresse a rencontré un tel succès, c’est notamment parce que son récit dépasse les expériences individuelles de ses héroïnes.
Le roman et son adaptation abordent plusieurs questions fondamentales : les inégalités sociales, les discriminations, la maladie, les pressions professionnelles, les traditions familiales et le droit de choisir sa propre existence.
Smita lutte contre un ordre social qui semble condamner sa fille à reproduire sa condition. Giulia cherche à s’affranchir des attentes familiales sans renier ses origines. Sarah découvre que sa réussite professionnelle ne la protège ni de la vulnérabilité ni des préjugés.
Ces trois combats prennent des formes différentes, mais reposent sur une même volonté : ne plus laisser les circonstances décider entièrement de leur avenir.
La force de l’histoire tient également à son refus de présenter l’émancipation comme un parcours simple. Chacune des héroïnes doit affronter des obstacles, accepter des sacrifices et trouver des ressources qu’elle ne soupçonnait pas.
Le récit montre ainsi que le courage ne se manifeste pas uniquement dans les grandes révolutions. Il peut aussi naître d’une décision intime, d’un refus ou d’un geste accompli pour protéger ceux que l’on aime.
La Tresse est-il inspiré d’une histoire vraie ?
Même si Smita, Giulia et Sarah sont des personnages de fiction, leur histoire trouve ses racines dans des réalités sociales et humaines.
Laetitia Colombani a notamment expliqué que l’idée du roman était née après avoir accompagné une amie atteinte d’un cancer dans un magasin de perruques.
La découverte de l’origine des cheveux naturels utilisés pour leur fabrication a nourri sa réflexion sur les liens invisibles pouvant unir des femmes vivant à des milliers de kilomètres les unes des autres.
Cette expérience a inspiré le principe central du roman : trois destins indépendants reliés par un objet du quotidien, chargé d’une forte dimension symbolique.
L’autrice s’est également documentée sur les conditions de vie des Dalits en Inde, afin de donner une profondeur sociale au parcours de Smita.
Quel accueil pour le film La Tresse au cinéma ?
L’adaptation a suscité un intérêt important auprès du public français.
Selon les chiffres recensés par AlloCiné, le film a dépassé les 1,25 million d’entrées en France, confirmant l’attachement des spectateurs à cette histoire.
L’accueil critique s’est révélé plus contrasté. Certains ont salué la portée émotionnelle du récit et l’interprétation des actrices, tandis que d’autres ont exprimé des réserves sur son traitement cinématographique.
Cette différence de réception illustre une difficulté fréquente des adaptations littéraires : une histoire capable de bouleverser par l’écriture ne produit pas nécessairement les mêmes effets lorsqu’elle est transposée à l’écran.
Le film a néanmoins permis à La Tresse de toucher un nouveau public, parfois peu familier du roman original.
Faut-il lire La Tresse avant de regarder le film ?
La lecture du roman n’est pas indispensable pour comprendre le film. L’adaptation possède une narration autonome et permet de découvrir l’intégralité de l’histoire sans connaissance préalable de l’œuvre.
Cependant, les deux expériences se complètent.
Le roman offre une immersion plus intime dans les pensées des personnages. L’écriture de Laetitia Colombani permet de suivre leurs hésitations, leurs espoirs et leurs transformations intérieures avec une proximité particulière.
Le cinéma, de son côté, apporte une dimension visuelle et sonore qui rend immédiatement perceptibles les différences entre les trois environnements.
Pour les amateurs de littérature, découvrir le livre avant le film permet d’apprécier les choix d’adaptation. Pour les spectateurs séduits par le long-métrage, la lecture offre l’occasion de prolonger l’expérience et de retrouver les héroïnes sous une autre forme.
La Tresse, une œuvre qui dépasse le cadre du roman et du cinéma
Avec La Tresse, Laetitia Colombani a créé une histoire qui trouve sa force dans sa simplicité apparente : trois femmes séparées par des milliers de kilomètres, mais réunies par une même aspiration à la liberté.
Le passage du livre au cinéma démontre la capacité de certaines œuvres littéraires à traverser les supports sans perdre leur portée universelle.
Roman à succès, puis long-métrage international, La Tresse continue d’interroger la condition féminine, la solidarité et la possibilité de reprendre le contrôle de sa propre existence.
Au-delà de son succès commercial, l’œuvre rappelle surtout qu’une histoire individuelle peut faire écho à des expériences vécues à l’autre bout du monde.
Et que, parfois, les liens les plus puissants sont précisément ceux que l’on ne voit pas.




