Salaires des dirigeants de Louis Hachette Group : une rémunération qui relance le débat sur les écarts de revenus

Les rémunérations des dirigeants des grandes entreprises continuent d’alimenter les débats. Le dernier rapport annuel de Louis Hachette Group révèle que les deux principaux dirigeants du groupe ont perçu ensemble 3 millions d’euros bruts en 2025, soit une progression spectaculaire par rapport à l’année précédente. Une publication qui intervient quelques mois seulement après les critiques publiques de Vincent Bolloré sur le salaire d’un autre dirigeant du secteur de l’édition.

Une rémunération moyenne de 1,5 million d’euros par dirigeant

Le rapport annuel 2025 de Louis Hachette Group met en lumière les rémunérations de son équipe dirigeante. Les deux membres de la direction générale, Jean-Christophe Thiery, président-directeur général, et Grégoire Castaing, directeur général délégué, se sont partagé une enveloppe globale de 3 millions d’euros bruts, soit 4,2 millions d’euros charges comprises, incluant notamment les provisions destinées aux régimes de retraite supplémentaires.

Le groupe ne détaille pas la répartition exacte entre les deux dirigeants. En prenant une moyenne, chacun aurait ainsi perçu environ 1,5 million d’euros bruts sur l’année.

Ce montant représente un niveau de rémunération particulièrement élevé. Rapporté à un temps de travail théorique de 35 heures hebdomadaires, il correspondrait à environ 824 euros bruts par heure, soit près de 67 fois le SMIC horaire en vigueur en France.

Une hausse de plus de 100 % en un an

Les chiffres publiés montrent également une progression importante entre 2024 et 2025.

L’année précédente, les rémunérations cumulées des deux dirigeants s’élevaient à 1,4 million d’euros bruts, contre 3 millions un an plus tard. L’enveloppe brute progresse ainsi de 114 %, tandis que le coût global, intégrant les charges sociales et les retraites, augmente de 133 %.

Cette comparaison doit toutefois être nuancée. Les données de 2024 couvrent une période où les deux dirigeants n’occupaient pas encore leurs fonctions actuelles durant toute l’année, leur nomination officielle à la tête de Louis Hachette Group datant d’octobre 2024.

Des actions gratuites en complément

Au-delà de leur rémunération fixe, les deux dirigeants bénéficient également d’un dispositif d’actions gratuites de performance.

Jean-Christophe Thiery s’est vu attribuer 320 000 actions, tandis que Grégoire Castaing en a reçu 290 000. À leur valeur boursière estimée lors de la publication du rapport, ces attributions représentent respectivement près de 568 000 euros et 515 000 euros.

Ces actions ne seront toutefois définitivement acquises qu’à partir de juillet 2028, sous réserve du respect de plusieurs critères de performance et de présence dans l’entreprise.

Un contraste avec les critiques formulées par Vincent Bolloré

La publication de ces chiffres intervient dans un contexte particulier.

Quelques mois auparavant, Vincent Bolloré avait publiquement critiqué la rémunération d’Olivier Nora, alors président des éditions Grasset, estimant que son salaire dépassait le million d’euros malgré des performances jugées insuffisantes.

Ces déclarations avaient déjà suscité de nombreuses réactions dans le monde de l’édition. La révélation des rémunérations de la direction de Louis Hachette Group, société dont Bolloré SE détient environ 30 % du capital, relance aujourd’hui les interrogations sur la cohérence de ce discours.

La question de la transparence toujours posée

Lors de l’assemblée générale du groupe en mai 2026, un actionnaire a demandé davantage de transparence concernant les écarts de rémunération entre les dirigeants et les salariés.

Parmi les informations réclamées figuraient notamment le ratio entre les rémunérations de la direction et le salaire moyen ou médian des collaborateurs. Ces données n’ont pas été publiées à ce stade.

Louis Hachette Group devrait toutefois être amené à communiquer davantage sur ces indicateurs dans les prochaines années, avec l’application progressive de la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), qui impose aux grandes entreprises un niveau de transparence renforcé sur leurs pratiques sociales et leur gouvernance.

Un sujet qui dépasse le seul secteur de l’édition

Au-delà du cas de Louis Hachette Group, cette publication illustre un débat plus large sur les écarts de rémunération au sein des grandes entreprises françaises.

Entre inflation, pouvoir d’achat et attentes croissantes en matière de responsabilité sociale, la question de la rémunération des dirigeants reste particulièrement sensible. Les futures obligations européennes en matière de transparence pourraient ainsi offrir une vision plus précise des écarts existant entre les plus hauts revenus des entreprises et ceux de leurs salariés.

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