Titre : Ouroboros tome 1 : Leur détestable existence
Auteur : Antoine Papazian
Editeur : Beta Publisher
Genre : Fantasy
19 €
Ibsn : 978-2-383920-26-7
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4ème de couverture/Résumé
An 191 de la Nouvelle Ère.
La Nation, jeune civilisation orgueilleuse bâtie par les humains, prospère sous l’égide du Théocrate et la surveillance attentive de l’Unification, sa branche militaire. Pourtant, tapis dans l’ombre, d’anciens ennemis la menacent de l’intérieur.
Corruptions, disparitions, meurtres, un engrenage infernal s’enclenche, qui mènera une poignée d’inconnus, aux velléités et aux intérêts bien différents, par-delà les mers et les terres connues des hommes.
Parmi eux, un mercenaire à l’honneur douteux, un prêtre rongé par ses démons, une primitive assoiffée d’aventures et une nécromante honnie de tous pour sa maîtrise de l’Arcane Tordu.
Bientôt, l’Ouroboros les engloutira tous.
La chronique de La rédaction
Il suffit de quelques pages à Antoine Papazian pour annoncer la couleur. Leur Détestable Existence, premier tome de la saga Ouroboros, ne commence pas par une grande bataille ou l’apparition spectaculaire d’un héros, mais par une scène de violence entre enfants. Weyne, poussé par une bande à laquelle il cherche désespérément à appartenir, frappe un garçon plus privilégié que lui. Un geste brutal, presque banal dans cet environnement, qui provoque pourtant immédiatement une question essentielle : comment devient-on celui qui fait souffrir lorsque l’on a soi-même connu la souffrance ?
Cette interrogation constitue l’une des portes d’entrée les plus intéressantes du roman. Antoine Papazian construit une fantasy qui ne repose pas uniquement sur la découverte d’un monde imaginaire, mais sur les mécanismes qui organisent celui-ci. Pauvreté, différences sociales, religion, autorité militaire, appartenance au groupe : derrière l’aventure se dessine progressivement une société profondément divisée.
Weyne en est une incarnation particulièrement réussie. Le personnage aurait facilement pu devenir une figure caricaturale de l’enfant des rues endurci par la misère. L’auteur préfère montrer ses contradictions. Il veut être admiré, refuse d’être faible et reproduit la violence qu’il a lui-même subie, tout en conservant une conscience suffisamment vive pour être rongé par ce qu’il vient de faire. Cette ambiguïté donne immédiatement une épaisseur particulière au protagoniste.
Mais Leur Détestable Existence ne raconte pas uniquement son histoire. Le roman multiplie les perspectives et fait notamment apparaître Kéric et Naryssa, permettant d’explorer d’autres facettes de cet univers. À travers eux se dévoilent progressivement l’Unification, le culte de Hulm, la Cabale et différentes conceptions du devoir, de la foi ou du sacrifice. Antoine Papazian préfère ainsi construire son monde de l’intérieur plutôt que d’en livrer artificiellement toutes les règles au lecteur.
C’est à la fois l’une des forces du livre et ce qui pourra demander un petit effort aux amateurs de fantasy plus immédiatement accessible. L’univers est dense, son vocabulaire propre abondant et les premiers chapitres demandent d’accepter de ne pas tout comprendre immédiatement. Mais cette exigence possède une contrepartie : le sentiment de pénétrer dans un monde qui existait avant notre arrivée et qui ne se résume pas à un simple décor destiné aux personnages.
La noirceur occupe également une place importante. La misère, la brutalité et les rapports de domination ne sont jamais très éloignés, mais le roman évite de transformer cette dureté en simple argument spectaculaire. La violence sert surtout à révéler les individus. Elle oblige les personnages à choisir ce qu’ils sont prêts à accepter, à reproduire ou à combattre.
Antoine Papazian prend également le risque de ne pas distribuer immédiatement les bons et les mauvais rôles. Les institutions ont leurs croyances, les personnages leurs raisons et les antagonismes se construisent progressivement. Cette absence de manichéisme nourrit une intrigue qui gagne en ampleur à mesure que les différentes trajectoires commencent à se répondre.
Leur Détestable Existence fonctionne donc avant tout comme la première pièce d’une fresque beaucoup plus vaste. Certains mystères restent volontairement ouverts et certaines ramifications attendent naturellement les volumes suivants pour révéler leur véritable portée. Ce premier tome possède néanmoins suffisamment de matière pour exister autrement que comme une longue introduction.
Avec ce début d’Ouroboros, Antoine Papazian propose finalement une fantasy sombre et ambitieuse, dans laquelle la construction des êtres importe autant que celle du monde. Et derrière les peuples, les croyances et les conflits qui commencent à se dessiner, une idée demeure : les monstres ne naissent peut-être pas monstres. Ils peuvent aussi être fabriqués par le monde dans lequel ils apprennent à survivre.
Chronique de La rédaction